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1er

aoû
2014

Conte : “Google et le jardin d’Eden”

C’est l’été, il fait beau, on se détend. L’actualité web tourne au ralenti. Les blogs ressassent les mêmes infos, encore et encore, faute de mieux. Même Matt Cutts a pris 3 mois de congé.
Alors calez-vous confortablement dans votre fauteuil, et laissez-moi vous raconter une histoire…


Au commencement était le web. Un immense jardin d’Eden ouvert sur le monde, avec de jolis paysages, quelques boutiques, des terrains de jeux, des lieux de rencontres et surtout, surtout, des livres de tous styles et sur tous les sujets à chaque détour de sentier, que chacun pouvait lire à sa guise. Impossible d’embrasser d’un regard les contours du jardin, tant celui-ci était étendu.

Le seul problème des visiteurs qui venaient y flâner, en quête de savoir ou simplement de détente, était de trouver le livre qu’ils cherchaient. Il y avait bien quelques offices du tourisme proposant des répertoires que l’on pouvait consulter, mais ce n’était pas très pratique.


Puis est arrivé un dieu-vivant et omniscient : Google. Il a fondé un bureau des renseignements extrêmement efficace pour que chacun puisse à tout moment trouver facilement le livre qu’il cherche. C’était tellement commode que tout le monde s’est mis à utiliser son service.

Pour rendre le jardin encore plus agréable, Google s’est mis à offrir des logements et une foule de petits services complémentaires dont chacun pouvait bénéficier librement et gratuitement. L’Eden devenait encore plus attirant et les gens y venaient de plus en plus souvent. Beaucoup y ont même emménagé.

Puis un jour, des machines sont venues travailler au bord du jardin. Les Edenois s’en sont à peine aperçu, tant elles étaient silencieuses ! Les travaux ont duré plusieurs années : pierre par pierre, Google a construit un mur autour du jardin. Il y eut peu de gens pour s’en plaindre : le jardin était très grand et grâce à Google, on y trouvait tout ce dont on avait besoin !

Peu à peu cependant, Google a fait disparaître des livres qu’il jugeait indignes des habitants du jardin et les a remplacés par les siens. Dans ses livres, il y avait quelques publicités mais qu’importe puisqu’ils restaient gratuits ?

Mais au fil du temps, les livres d’origine se sont faits de moins en moins nombreux, et les auteurs qui continuaient courageusement à écrire ont modifié leur style et leur ligne éditoriale pour plaire à Google, espérant ainsi conserver une visibilité dans les bibliothèques d’Eden. Certains auteurs payaient même Google pour que leurs œuvres restent dans les rayons !

Oh ! Les nouveaux livres n’étaient pas inintéressants, au contraire ! Mais l’écriture était tellement standardisée que cela en devenait lassant.

Google a placé des caméras et s’est mis à construire des petits robots qui avaient deux missions : surveiller les lectures des habitants et leur distribuer des folders publicitaires selon leurs centres d’intérêt.

Dans chaque livre, Google a fait imprimer une page de garde, où chacun pouvait griffonner son appréciation, à condition d’y mettre son nom. Dans les premiers temps, personne n’a rien trouvé à y redire : finalement, avoir l’avis des autres avant de plonger dans la lecture était assez utile. C’était aussi pour chacun l’occasion d’augmenter sa notoriété, de se démarquer des autres habitants.

Jusqu’à ce que les gens comprennent que Google lisait tous les avis, jugeant les gens sur la qualité de leurs lectures et de leurs écrits. Partout, les gens se sentaient surveillés et suivis.

Après quelques années, les habitants en ont eu assez des ouvrages stéréotypés et des publicités. Marre de voir la marque de Google fleurissant partout sur les boîtes aux lettres, les enseignes d’hôtels, sur les éditions de tous les plans du jardin, sur la façade du centre météorologique et même sur certaines devantures de magasins ! L’omniscience du début s’était transformée en omniprésence, lourde, pesante.

Besoin d’air, besoin de liberté, besoin d’autre chose… !

Les Edenois ont alors voulu sortir du jardin. Il a fallu chercher longtemps avant de trouver une porte percée dans le mur. Une fois l’ouverture franchie, le sentiment de liberté a rapidement fait place à un certain désappointement. Là, dehors, ils ne connaissaient plus personne, tous leurs repères avaient changé, ils se sentaient perdus, désorientés. Une bouffée d’angoisse qui prend aux tripes : finalement, peuvent-ils vivre sans Google ?

Quelques-uns ont résisté et fini par se réinventer une vie, avec de nouvelles habitudes.
La plupart ont fait demi-tour et sont retournés au jardin. Dans une prison dorée, mais une prison quand même. Avec de jolis petits robots surveillant leurs lectures…

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Vos commentaires

4 Messages


  • 4 octobre 2014  à 00:19 — Par Sylvie • Site web : http://www.sycpeinture.com/

    Excellent article,
    C’est difficile de laisser un com, le temps d’expiration de la page est très rapide !



  • 4 octobre 2014  à 02:22 — Par Carine (eComPosition) • Site web :

    Merci pour l’appréciation.

    Temps d’expiration de la page ???
    Il n’y a rien du genre sur le blog. Ça fait 14 minutes que j’ai entamé cette réponse et rien ne se passe. Envoie-moi ton com par mail si tu le souhaites, je le publierai pour toi. :-)



  • 22 octobre 2014  à 16:13 — Par Barry • Site web :

    J’ai vraiment apprécié le texte, sa me donnait envi de connaitre la suite à chaque fois.



  • 22 octobre 2014  à 17:19 — Par Carine (eComPosition) • Site web :

    Contente que le texte t’ait plu. Merci Barry !

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