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26

sep
2014

Sollicitation de lien : le 1/4 d’heure pédagogique

Les détenteurs de sites ou blogs le savent bien : il est habituel de recevoir des sollicitations d’échanges de liens entre sites (backlinks), ou de devoir filtrer drastiquement les commentaires des articles blog pour échapper à la horde des "SEO-bourrins" qui laissent des avis totalement creux dans l’unique but de placer un lien vers leur propre contenu.
Fréquemment, les mails de sollicitation de backlinks arrivent dans la seule boîte mail renseignée sur le site : celle du propriétaire du site (le client), qui ne sait pas toujours quelle attitude adopter.
A cet égard, les référenceurs sérieux ont encore un énorme travail pédagogique à faire, et c’est dans cet esprit que s’inscrit cet article.


[Note : mes lecteurs SEO peuvent directement sauter à l’étude de cas, plus bas, pour s’en payer une tranche.]

Comprendre l’objectif des backlinks : un peu d’histoire…

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Quand Larry Page et Sergey Brin ont conçu Google, c’est sur le lien qu’ils ont basé le moteur. Leur logique était simple : quand un site fait un lien vers un autre (netlinking), c’est une forme de recommandation, un vote positif en quelque sorte. Aussi, plus un site reçoit de liens, plus ça prouve qu’il est apprécié et plus il faut le valoriser dans les résultats.

Ce principe était somme toute fort logique, mais il intégrait sa perte : quand les référenceurs ont compris ça, ce fut la course pour obtenir plus de liens (backlinks) vers le site de leur client que le voisin, afin d’être mieux classé que lui. L’escalade était en marche, certains SEO ont même programmé des robots capables de poser des milliers de liens en quelques heures voire minutes.

Inutile de dire que cette spirale infernale a dévoyé complètement le système imaginé par les fondateurs de Google. Avec Penguin, ils ont décidé de siffler la fin de la récréation.

Qu’est-ce que Google Penguin ?

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Penguin est le petit nom d’un filtre inclus dans l’algorithme de classement des résultats de Google, destiné à tenir compte de la qualité des liens, et non plus simplement de leur quantité comme auparavant.

Depuis Penguin, qui a vu le jour en avril 2012 et en est à sa 5e version, un site qui reçoit ou fait des liens jugés de mauvaise qualité peut recevoir automatiquement une pénalité faisant descendre fortement certaines de ses pages ou même le site tout entier dans le classement des résultats de Google.

Google a en outre mis en place une équipe de "Quality Raters", des personnes chargées de vérifier la qualité des liens pointant vers un site. Les Quality Raters peuvent infliger une pénalité manuelle au site (déclassement dans les résultats du moteur de recherche) en cas de liens factices (non naturels).

Quel avenir pour l’échange de liens « bête et méchant » ?

Au vu de ce qui précède, les professionnels du web en tant soit peu éclairés ont un réflexe quasi immédiat face à aux mails de sollicitations de netlinking sans réelle valeur ajoutée : poubelle. On peut dès lors se demander ce qui pousse certains référenceurs (SEO) à persister dans ces méthodes.

La première réponse logique qui vient à l’esprit, c’est qu’ils obtiennent encore des réponses positives. Parce que la plupart des TPE, PME, associations et blogueurs ne sont justement pas "des professionnels du web éclairés" mais de simples utilisateurs qui disposent d’un petit site sur lequel ils ajoutent eux-mêmes des contenus grâce à un CMS. En leur faisant miroiter un meilleur classement dans Google, on peut assez vite les convaincre.

Faut-il sombrer dans la parano et ne plus faire de lien ?

Non ! Le lien est l’essence-même du web. C’est sans doute sa plus grande valeur ajoutée par rapport aux autres médias. Le lien existe depuis la première page web puisqu’il en est un principe fondateur.

Imaginez un instant un web sans lien. Impossible, n’est-ce pas ? Pour un référencement durable, il faut simplement revenir à davantage de qualité, plutôt que de privilégier la quantité.

Reste à définir ce que Google entend par qualité. Pour faire court et simple, vos liens doivent sembler naturels. Cela veut dire :

  • inclus dans des pages présentant des contenus de qualité [1]
  • et dans une thématique proche de celle de votre page : pourquoi une page parlant de plomberie ferait-elle un lien vers une page présentant des variétés de pommes ? Sauf si ce sont des pommes de douche, bien entendu ! :-)
  • sur une ancre (texte du lien) peu ou pas optimisée pour le référencement, c’est-à-dire ne contenant pas systématiquement les mots-clés sur lesquels vous cherchez à positionner votre page dans Google
  • La vitesse d’acquisition des liens doit elle aussi paraître naturelle ; c’est l’une des nombreuses raisons pour lesquelles le SEO est un travail qui s’inscrit dans la durée.

Si j’ai dit que vos liens doivent sembler naturels, c’est à dessein. Selon les règles de Google, ils doivent être naturels. Ce qui, dans la majorité des cas exclut toute forme d’intervention de votre part ou d’un référenceur. Tout l’art consiste donc à jouer avec les règles sans franchir les radars : c’est là le savoir-faire d’un bon "netlinkeur".

Sollicitation d’échange de liens : étude de cas

Un de mes clients me transfère systématiquement toutes les sollicitations qu’il reçoit en me demandant quelle suite y donner. J’avoue que c’est parfois un peu lassant (ma réponse est quasi invariablement la même ; de mémoire, il y a eu une seule exception). Mais je préfère de loin cette saine réaction plutôt que de le voir mettre à mal son site en agissant lui-même à tort et à travers.

J’ai conservé un mail reçu en avril, que j’utilise à fins pédagogiques tant cette caricature constitue un bon point de départ pour amener ensuite vers des considérations plus subtiles. J’ai volontairement masqué l’identification de l’interlocuteur : l’objectif est de dénoncer un système et non une personne en particulier.

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Comment déterminer le sérieux de cette sollicitation ?

Les motivations

Céline vous dit avoir parcouru votre site mais ne fait aucune mention de votre contenu, ne vous dit pas en quoi il l’a intéressée. Elle pourrait témoigner d’un peu plus d’effort et de considération dès lors qu’elle sollicite un lien.

Vous pouvez en déduire qu’elle n’a en fait parcouru que la page de contact pour vous envoyer un mail.

Et encore ! Dans ce cas-ci, si elle l’avait fait, elle aurait remarqué que l’adresse à laquelle elle envoie n’est pas celle du webmaster. Vous pouvez donc être quasi certain qu’elle a utilisé un outil pour pomper automatiquement des adresses mail à travers le web sans même se rendre sur les sites.

Le mail vous inspire-t-il confiance ?

Si vous n’êtes pas habitué à ce genre de message, vous ne verrez peut-être pas au premier coup d’œil ce qui cloche. Mais le mail comporte des indications qui peuvent vous mettre la puce à l’oreille et vous amener à faire quelques vérifications.

  • L’adresse de l’expéditeur (@seogratuits.com) ne provient pas du même nom de domaine que celui mentionné dans la signature (freferencement.com). Cela peut s’expliquer si le travail de netlinking est pris en charge par un prestataire externe qui utilise sa propre adresse mais dans ce cas, il serait alors rassurant qu’il annonce la couleur !
  • L’URL seogratuits.com amène sur une page entièrement blanche comportant uniquement les mots « main template » perdus dans le coin supérieur gauche.
  • L’URL freferencement.com amène sur un site qui ne respire pas précisément le sérieux et l’honnêteté, mais j’y reviendrai plus bas.
  • L’adresse LinkedIn de votre correspondant renvoie un message d’erreur :
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La clarté de l’échange proposé

  • Avec quel site l’échange de liens est-il proposé ?
  • S’agit-il d’un simple échange de liens ou d’un échange de contenus, souvent plus intéressant ?
  • Où le lien vers votre site sera-t-il placé ? Si on vous propose un lien en pied de page ou au sein d’une page répertoriant des liens, laissez immédiatement tomber !
  • Le contenu de la page sur laquelle le lien sera placé est-il dans une thématique proche de la vôtre ?
  • Aurez-vous un droit de regard sur le texte dans lequel votre site sera mentionné, et sur la manière dont il le sera ?
  • Qu’attend exactement votre interlocuteur en retour ?

Cette liste de questions n’est pas exhaustive, et vous ne devez pas vous attendre à ce que toutes les réponses soient déjà dans le premier mail de contact. Néanmoins, la manière dont le mail est rédigé, dont il entrouvre ou non les portes vous donnera déjà un premier ressenti.

Là où on passe la ligne rouge…

Avant toute chose, je souhaite être claire : la plupart des sollicitations ne vont pas plus loin qu’une proposition d’échange de liens totalement inintéressante et à ignorer.

Dans le cas du mail de Céline, c’est aussi à cela que j’ai pensé en première lecture, et l’histoire aurait pu s’arrêter là. Ou plutôt s’arrêter après un dernier mouvement de mon doigt vers la touche "delete", comme souvent. Mais je suis curieuse et une phrase m’avait intriguée.

"(…) j’aimerais échanger des liens avec vous.
 Ce que j’offre est une affaire gratuite, équitable et bénéfique en échange d’un backlink."

Cette tournure est pour le moins inhabituelle et surtout fort ambiguë : que m’offrait-elle au juste ?

J’ai donc décidé d’explorer le site freferencement.com dont elle parle, qui semble être la cible principale de l’échange et qui pourtant est le seul lien non cliquable de son mail… Cela se passe de commentaire.

Et là, stupéfaction ! On n’est même plus dans le domaine de l’échange de liens : on vous offre une presta SEO complète et gratuite (ce n’est pas faute de l’afficher) contre un petit lien. Waouh ! Ça c’est vraiment gentil. Si vous ne croyez pas au père Noël, c’est le moment de réviser votre jugement.

Un site douteux

Parce que… voyez-vous, le site me donne encore moins confiance que le mail reçu.

  • Une gratuité annoncée à grand tapage : une presta SEO sérieuse est longue et donc coûteuse, quel est donc le business model ? Parce qu’il faut bien qu’ils vivent, ces gens non ?
  • Un site d’une seule page, rédigé dans un français incertain à l’orthographe très approximative.
  • De faux menus qui ne sont pas cliquables, sauf celui pour les contacter (ouvrant un mail destiné un certain Pierre Florin).
  • Aucunes mentions légales de la société, aucune conditions générales de vente.
  • Un texte bourré de généralités stéréotypées, dignes des plus beaux vendeurs de rêves.
  • Une exagération manifeste (leur travail de netlinking va créer le buzz pour votre site, rien que ça !)
  • Le "whois" du site nous apprend Pierre Florin serait Français (plus précisément Martiniquais) sauf que le code du site laisse supposer qu’il est anglophone.

<html dir="ltr" lang="en-US">

  • L’adresse postale du détenteur du site ne semble pas exister (peut-être pas plus que le numéro de téléphone d’ailleurs).
  • J’en passe et des meilleures !

J’ignore ce que tout cela cache, mais cela éveille chez moi une forte suspicion d’arnaque ou de tromperie. J’avoue ne pas avoir fait preuve de suffisamment d’abnégation pour le tester pour vous. ^^

Les 3 conclusions qui s’imposent

1. Echangez avec votre prestataire

Si la mission de votre SEO inclut une prestation de netlinking, questionnez-le. Comment compte-t-il s’y prendre ? Où compte-t-il placer des liens ? Sur quels types de sites ? Quelle est sa méthode ? Peut-il vous montrer quelques exemples ?

Bien sûr, il n’y a pas une seule bonne méthode magique. En principe, c’est lui le spécialiste, pas vous, et vous devez lui accorder un minimum de confiance pour qu’une bonne relation soit possible. Néanmoins, j’espère que la 1re partie de cet article vous aura donné quelques pistes pour juger a priori du sérieux du prestataire avec lequel vous vous apprêtez à travailler.

2. Ne foncez pas tête baissée

Toutes les sollicitations de netlinking ne sont pas à jeter. Pour autant, la toute grosse majorité de celles que l’on reçoit par mail sous forme de spam ne sont pas sérieuses.

Prenez le temps d’analyser la proposition ou faites-vous conseiller : mieux vaut aucun lien que de mauvais liens.

3. Attention aux offres alléchantes

Ma devise : quand c’est trop beau pour être vrai, c’est que ce n’est pas vrai.

Le référencement d’un site, s’il est fait sérieusement, représente un travail important et long. Sans sombrer dans la suspicion d’arnaque comme c’est le cas dans l’exemple analysé dans l’article, une prestation de référencement pour quelques dizaines d’euros (et a fortiori gratuite) ne PEUT PAS être sérieuse. Ce n’est tout simplement pas possible.

A éviter absolument : il en va de la survie de votre site. Une pénalité de Google peut faire très mal en termes de trafic sur votre site, jusqu’à parfois mettre votre activité en péril.

[Edit du 26/09/2014 à 9h57]
En complément, je ne peux que vivement vous conseiller d’aller lire cet excellent article d’Axenet, que j’avais loupé pour cause de vacances et que ma timeline Twitter vient de me remonter.

[1Il semble néanmoins que Google ait encore beaucoup de mal à déterminer la qualité d’un contenu – lire à cet égard l’article "SEO : la qualité en question(s)" – mais ce n’est à mon avis qu’une question de temps et d’avancement des travaux sur l’intelligence artificielle.

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Vos commentaires

4 Messages


  • 28 septembre 2014  à 20:24 — Par Sylvain Richard • Site web : https://plus.google.com/+sylvainric...

    J’ai quelques sites qui ont tous la même adresse mail de contact. Parfois, quand je reçois un mail de ce type, je demande donc " De quel site parlez-vous ?" et là, j’ai souvent des réponses un peu vaseuses :-)



  • 29 septembre 2014  à 07:06 — Par Carine (eComPosition) • Site web :

    Tu m’étonnes ! :-)))
    Ça donne tout de suite envie de répondre positivement.



  • 10 octobre 2014  à 09:50 — Par Quentin • Site web : http://menualacarte.eu/page/personn...

    Bonjour,

    Merci pour cette explication et les différents articles de votre blog et cette analyse de cas.
    Je suis étudiant en alternance en "web market" ai je m’occupe d’un site web (http://menualacarte.eu/page/personnalisez-votre-menu : qui offre la possibilité au restaurateur de créer des menus avec un design pro, mais à moindre coût) je dois m’occuper du référencement, mais j’ai quelques questions par rapport à votre article et au Back links en général ^^’ :
    Vous parlez de votre article des notes sur la qualité des liens est-ce le Pang Rank , ou une autre "variable" ?
    Car je sais que le PR est de plus en plus délaissé par google. Concernant les Back lins quand a fait un "échange" où se trouvent ses liens ? ils doivent forcément être inclure dans des articles, je ne comprends pas vraiment ou ils doivent être placés.
    Voilà merci, j’espère que vous me répondrez :D



  • 10 octobre 2014  à 15:37 — Par Carine (eComPosition) • Site web :

    Bonjour, merci pour le commentaire.

    Et bien voilà déjà un backlink gagné avec même un petit discours pub à mots-clés autour ! ;-)

    Le Page Rank est un signal qui perd clairement de son importance. Avec ses changements algorithmiques, Google a d’autres moyens pour qualifier une page. Avec la multitude de critères actuelle, le PR ne doit plus peser bien lourd. De plus, il faut surtout prendre en compte le PR de la page qui fait le lien et non celui du domaine. Et enfin, Google vient d’annoncer qu’il ne mettrait définitivement plus à jour sa toolbar. Bref, oublie le PR.

    Pour ta question sur les autres variables, il me semble qu’il y a déjà l’essentiel de la réponse dans la partie "Faut-il sombrer dans la parano et ne plus faire de lien ?" de l’article (+ celui d’Axenet que je conseille de lire). Que tu souhaiterais de plus ou qui ne te semble pas clair ?

    Et enfin, où doivent être placés les liens ? Idéalement, dans le corps-même d’un article abordant une thématique proche de la tienne. Il faut éviter les liens en pied de page (footer) ou dans une page qui fait beaucoup de liens (un page "partenaires", par exemple, ou pire une page "liste de liens" clairement créée pour l’échange).

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